Les Universités de la Mémoire 2009 - conférence à l'Université Lyon 3

Publié le par Web Citoyens

Retranscription du discours de Jean Y. GORIZIAN Lors de la conférence d'ouverture des Universités de la Mémoire, le Jeudi 2 Avril 2009 à l'Universié Jean Moulin Lyon 3 sur le thème: "Mémoires et identités dans l’espace public":




Cela fait 5 années, que les Universités de la mémoire, portent l’étendard de la Mémoire des génocides au seindes Universités Lyonnaises. Depuis 3 ans, je suis fier de représenter la FRA- Nor seround, nouvelle générationDe gauche à droit: Florence Mardirossian (Secrétaire Gén. observatoire européen de géopolitique) Raphael Haddad (président de l'UEJF) Jean Yeriche GorizianArménienne, au sein du Comité d’organisation et heureux de travailler avec mes amis de l’UEJF et d’hippocampe.

 

Ensemble, nous avons décidé de faire de cet évènement, un lieu de rencontre et de partage des mémoires, en assumant parfaitement, la compatibilité du particularisme de nos mémoires respectives avec la communauté nationale.

 

M’exprimant dans cette Université, je ne peu m’empêcher de me remémorer tous les intervenants que nous avons reçus durant ces années. Je ne puis effacer de ma mémoire le récit de Benjamin Orestein, rescapé du camp d’Auschwitz,

 

Car si j’avais appris dans les livres, l’ampleur de la destruction du peuple juif par les Nazi ; ce n’est que par son témoignage que j’ai perçu tout le relief de l’horreur de ce crime, et j’ai vu dans ses yeux, le même anéantissement que chez les survivants du génocide des Arméniens.

 

Il ne reste aujourd’hui presque plus d’Arméniens sur leurs terres historiques de Turquie, comme il ne reste quasiment plus de Juifs en Pologne.

 

A chacune de mes visites à la Manufacture des Tabacs, je me remémore la bouleversante histoire d’Etienne Nsanzimana survivant du génocide du Rwanda.

J’ai pris conscience de l’ampleur de la tache qui nous attend en tant que français, le travail de mémoire est très loin d’être accompli sur cette question.

 

Je me souviens également, de Dogan Ozguden et du combat de sa vie, lui ce Turc qui lutte pour que la vérité éclate enfin en Turquie, qui a été condamné à 300 ans de prison parce qu’il a parlé du génocide des Arméniens et qui aujourd’hui est menacé de mort par les nationalistes de son pays ; Il vit sous protection des services de sécurité de la Belgique, pays dans lequel il s’est réfugié.

 

J’ai vu en lui un peu du parcours de mes ancêtres exilés, lorsque j’ai  appris qu’il était devenu apatride, après qu’un tribunal d’Istanbul lui ait retiré la nationalité turque.

 

Toutes ces années, les Universités de la Mémoire, évènement initié par l’UEJF, fut une tribune pour la mémoire de la Shoah certes, mais aussi pour celle du génocide des Tutsis et celui des Arméniens.

 

Le Génocides des Arméniens, s’est déroulé durant la 1ère Guerre Mondiale, dans l’Empire Ottoman ; la Shoah en Europe, lors de la seconde Guerre Mondiale, enfin le génocide des Tutsis en Afrique en 1994.

Pourtant nous avons durant ces années, parlé de ces 3 génocides à Lyon, au 21ème Siècle. Comme pour marquer un symbole ; ces crimes imprescriptibles sont des crimes contre l’humanité, et par conséquent, c’est l’humanité toute entière qui fut victime.

 

 

 

La Mémoire est un combat du présent :

 

Durant ces années écoulées, je me souviens d’une critique qu’un étudiant de Lyon 3 nous avait lancé : « la Mémoire, encore un truc passé ! »

Pour nous, se souvenir n’est pas une fin en soit. Nous ne gardons pas en mémoire les crimes de masse du passé par plaisir, pour satisfaire je ne sais quel masochisme ; mais pour briser cette chaîne du bégaiement de l’histoire.

 

Car les jeunes générations que nous sommes, ont

La Mémoire pour Arme, contre la réitération des crimes contres l’humanité,

La Mémoire comme une arme contre cette terrible phrase : « plus jamais ça », nous sommes la génération qui ne veut plus avoir à entendre « plus jamais ça » !

 

La mémoire, pour les nouvelles générations, constitue un défi capital : celui de notre capacité à tirer les enseignements de l’histoire, celui de notre volonté de ne pas reproduire les erreurs…et les fautes, de nos aînés.

 

Un descendant du génocide des Arméniens, de la Shoah ou du génocide du Rwanda, n’a pas le droit de détourner le regard, avec indifférence, face à ce qu’il se passe au Darfour.

 

Se souvenir, est pour nous un combat du présent, et se souvenir ensemble devient indispensable.

Le dialogue des mémoires est nécessaire, car connaître la mémoire des autres c’est d’abord mieux les comprendre, comprendre leurs traumatismes, leurs souffrances, ce qui les émeut, les met en colère…leur donne de l’espoir.

Par le dialogue des mémoires, chacune d’entre elles, s’enrichie des spécificités de l’autre.

 

Mais notre monde, n’a pas tant changé depuis Nuremberg, comme il n’a pas tant changé depuis Arusha. Alors, il nous faut aller plus loin encore que le dialogue, c’est le partage des mémoires qui est salutaire, pour être plus fort, plus nombreux…

 

Plus nombreux contre le négationnisme, contre le racisme, contre l’intolérance et les dérives nationalistes. Mais aussi contre la concurrence des Mémoires, qui est la pire des choses dans notre combat.

 

Cette concurrence  des Mémoires divise les faibles, ceux à qui parfois, il ne reste que la mémoire

 

Aujourd’hui, vous ne trouverez peu de gens faisant l’apologie de cette concurrence, tout le monde est contre, en façade. Mais nous avons fait le choix de combattre ce phénomène, davantage que par des mots, mais par des actes : les Universités de la Mémoire en sont une preuve vivante.

 

 

Mémoire traumatique, une Mémoire qui a du mal à sortir du silence

 

La conférence de ce soir, traite d’identité, de mémoire, et d’espace public.

Après les crimes, les identités doivent se reconstruire : c’est un processus long et difficile. L’homme est ainsi fait, qu’il a besoin de Justice et de reconnaissance pour repartir dans la vie, se reconstruire et reconstruire après le chaos…

 

Comment aller de l’avant sans Justice ? Comment se reconstruire face au négationnisme de l’Etat qui a succédé à votre bourreau et qui continue le crime en effaçant toute trace de votre culture, La tache devient plus ardue lorsque l’on nie l’objet même de vos souffrances, lorsqu’on va jusqu’à vous dire que vous n’avez jamais existé…c’est ce que s’emploi à faire l’Etat Turc, depuis 94 ans.

Les victimes de génocide, et leurs descendants, ont besoin de Justice afin d’apaiser leur mémoire. Mais ils ont aussi besoin que leur mémoire et leur identité anéantie par le crime, fasse l’objet d’une Reconnaissance, dans l’espace public.

 

 

Partage des Mémoires : qui mieux qu’un descendant de peuple génocidé peut comprendre la souffrance d’un autre descendant de génocide ?

 

Pour finir, je dirais que nos destins sont liés en tant que membre de la même humanité. Certains parlent de « fraternité dans la souffrance », mais si nous sommes frères dans la souffrance, nous devons également êtres frères dans la construction de nos mémoires et dans nos combats.

 

Nous avons été ensemble dans la salle des pas perdu du tribunal de Lyon pour que Bruno Gollnisch soit condamné pour négationnisme,

Ensemble quand un journaliste a été assassiné en Turquie pour avoir parlé du génocide des Arméniens,

Nous avons éprouvé la même douleur face à la promotion de Faurisson dans un spectacle dit « humoristique » : quand la provocation s’est transformé en agression.

 

  Nous sommes ensembles pour demander à la représentation Nationale, que le négationnisme du Génocide des Arméniens soit sanctionné par la loi.

Nous serons ensemble pour nous souvenir, ensemble pour lutter contre le négationnisme et la réitération des crimes contre l’humanité !

 

S’il est encore besoin de convaincre que la concurrence des mémoire est vaine, j’aimerais porter à votre attention les dires d’une personne que je n’ai pas l’habitude de citer. Ces propos sont ceux d’Adolf Hitler, inspiré par ses propres écris dans Mein Kampf, répétés en 1939 à son Etat Major : « Notre force réside dans notre rapidité et notre brutalité. J’ai donné l’ordre à des Unités spéciales de SS de se rendre sur le front polonais et de tuer sans pitié hommes, femmes et enfants…..

 

Et il conclut : Qui se souvient encore de l’extermination des Arméniens ? »

 

Et bien si à l’époque, personne ne semblait se souvenir des Arméniens, aujourd’hui le sens de notre combat consiste à répondre à cette interrogation : nous n’avons oublié ni les Arméniens, ni les Juifs, ni les Tutsis du Rwanda !

 


 

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